Rouler sous la pluie

Rouler sous la pluie

Écrit par Klaus

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Chaque année, comme les feuilles mortes, les motards se ramassent à la pelle. Beaucoup se font surprendre par le manque d’adhérence d’une chaussée mouillée. Quelques précautions élémentaires aident à éviter la chute. Conseils pour une conduite moto plus sûre sur revêtement mouillé.

Pluie

Au cours de toutes mes années de pratique moto, je ne me souviens pas avoir rencontré un motard qui aime vraiment rouler sous la pluie, sur une route mouillée. Je ne pense pas qu’il se trouve quelque part un usager de deux-roues moteur qui se lève le matin, regarde par la fenêtre, voit l’averse et se dise : « super, il pleut des cordes, je vais aller faire un tour de moto pour en profiter ! » Bien au contraire, je connais un bon nombre de motards qui refusent tout net de sortir la moto si la route est mouillée…

Pour ma part, je pense que la pluie n’est que de l’eau et que je ne suis pas en sucre. Tant que ce n’est pas de la grêle, tant que la pluie ne s’accompagne pas de fortes rafales de vent, tant que je suis bien équipé pour rester au sec… y a pas de raison de ne pas prendre le guidon !

Roulez bien équipé !

La première des précautions par temps de pluie, c’est un équipement adapté. Rester au sec, donc au chaud, permet de garder l’esprit serein, de se concentrer sur sa conduite sans être crispé par l’inconfort.

Pour info, une peau mouillée se refroidit cinq fois plus vite qu’une peau sèche. Or le vent relatif généré par votre déplacement dans l’air va vous refroidir vite fait dès que vous dépassez les 50-60 km/h. Sans compter que l’eau qui tombe du ciel est souvent déjà froide… Quand vous aurez goûté les délices de l’eau froide qui vient ruisseler jusque dans votre caleçon, s’insinuer partout dans votre entrejambe et changer vos grelots en raisins secs (mais tout mouillés et frigorifiés)… vous comprendrez l’intérêt d’une bonne tenue de pluie !

S’il ne s’agit que d’une faible pluie passagère, votre équipement habituel pourra suffire. Même si la pluie s’avère plus forte, mais que votre trajet n’est que de quelques kilomètres (moins de 10 km), ce ne sera sans doute pas bien grave si vous rentrez chez vous tout mouillé, vous pourrez vous changer en arrivant.

Dans toutes les autres situations, il vaut mieux prendre un peu de temps pour enfiler votre tenue de pluie. Si vous êtes encore chez vous, ce peut être une toute autre tenue, dotée d’une membrane imperméable, type Gore-Tex. Si vous êtes déjà sur la route, ce sera sans doute des sur-vêtements de pluie, soit en combinaison intégrale (une pièce), soit en ensemble deux pièces (sur-veste et sur-pantalon).

Il existe toutes sortes de tenues de pluie.

La plupart sont à base de PVC, de vinyle, avec un aspect un peu « plastique » et des coutures thermo-collées, sans doublure. Ce type d’équipement ne dure en général pas bien longtemps, un an ou deux. Inutile donc d’y investir plus de 50-60 euros pour l’ensemble. Le meilleur plan ? Les vêtements de pluie pour cyclistes de la marque B’Twin, chez Décathlon. C’est de la bonne qualité, assez solide (n’espérez pas de miracle non plus), avec des inserts rétro-réfléchissants, des zips en bas des jambes pour un enfilage facile, la possibilité de prendre un coloris haute visibilité pour la veste… Le tout pour un prix inférieur aux bêtes tenues toutes noires et sans aucun aspect pratique, vendues tout aussi cher, voire plus cher, par les équipementiers moto.

Principal inconvénient de ces tenues PVC, elles ne sont pas du tout respirantes et font du coup un peu « étuve », surtout pour les pluies d’été, quand il ne fait pas froid. Si vous roulez dans des régions humides, vous aurez vraiment intérêt à opter pour une tenue de pluie plus haut de gamme, à base de Gore-Tex, respirant. C’est beaucoup plus cher (à peu près dix fois plus cher), mais le confort est vraiment au rendez-vous, le tissu est très résistant et vous durera des années, car ce ne sont pas des vêtements qu’on porte tous les jours.
Attention ! Une tenue de pluie doit être complète pour se montrer efficace.
Ne négligez pas les gants, qui devront eux aussi être imperméables. Au pire, prenez des sur-gants moto, voire tout simplement de grands gants de ménage (type Mapa) en coloris noir, c’est moche mais efficace.
Autre indispensable, le tour de cou ou plastron, en matériau déperlant de préférence.
Enfin, vos bottes devront elles aussi être imperméables. Il existe des sur-bottes en PVC.

Conseils en vrac

    pour enfiler votre tenue de pluie, habillez-vous dans un endroit sec (de préférence chez vous ou dans le garage, avant de partir, ou sinon dans un abri bus, sous un pont ou un auvent, dans un hall d’entrée de magasin…)
    prenez votre temps pour bien sceller toutes les fermetures
    vérifiez que vos poches sont correctement fermées
    essayez de faire passer les manches de la combinaison de pluie au-dessus des gants

Outre une tenue de pluie complète, priorité à l’écran du casque !

Ce qui suppose déjà d’en avoir un… Pour rouler sous la pluie, il faut impérativement un écran qui protège tout le visage. Un casque type « bol », un casque jet sans écran ou avec demi-écran, un casque type enduro avec masque : tout ça ne suffit pas à vous protéger. Quand vous aurez goûté aux joies des gouttes de pluie qui vous cinglent le visage dès que vous dépassez les 50 km/h, vous comprendrez.

L’écran de votre casque doit donc couvrir tout le visage, mais surtout être propre, sans rayures, sans impact et si possible antibuée, par traitement chimique ou par double écran « pinlock ».
La nuit tombe vite en hiver et rien n’est pire qu’un écran couvert de gouttelettes où scintillent les phares : n’hésitez pas à investir dans un filtre jaune pour une meilleure vision et surtout dans une paire de gants avec raclette « essuie-glace ».

Une autre astuce pour préserver une bonne visibilité sous la pluie est d’appliquer un produit « chasse pluie » sur l’extérieur de l’écran du casque.
Le plus connu est le RainX Anti Pluie, qui convient parfaitement pour les écrans de casques et les bulles de motos. Cela se trouve en centre auto ou en grande surface généraliste, au rayon auto (moins cher).
Le principe est simple : c’est un produit hydrophobe qui va empêcher les gouttes d’eau d’adhérer sur l’écran et faciliter leur évacuation sous la poussée du vent relatif. Du coup, forcément, ça marche mieux à bonne vitesse, à partir de 70-80 km/h. En-dessous, les gouttes ruissellent mieux, mais ne sont pas chassées.

    Petit encadré sur l’utilisation du RainX
    Contenu dans une petite fiole jaune et noire, le produit est facile d’utilisation, mais demande quelques précautions d’usage.
    Déjà, grâce à son système d’ouverture à clapet (un peu pénible à ouvrir), on ne perd pas une goutte du précieux liquide.
    La surface à traiter doit être propre, voire impeccable, il faut bien la nettoyer avec un chiffon propre et sec, non pelucheux, de préférence en microfibre.
    Appliquer bien uniformément le produit, qui va laisser un voile translucide (qui permet de voir qu’on n’a pas oublié un petit coin).
    Attendre quelques instants, le temps de changer de chiffon, pour lustrer la surface à protéger.
    On ne frotte pas trop fort, ni trop longtemps, au risque de retirer la pellicule ainsi formée.
    Quand il n’y a plus une trace, c’est traité !
    Laisser agir, et surtout ne pas essuyer à sec ensuite : sinon, le produit ne fait pas effet.

Il est vital de bien voir, mais aussi d’être vu.
Avec la faible visibilité des matins et soirs d’hiver, c’est le moment de penser au gilet orange ou jaune fluo ! Ou tout simplement de choisir une veste de pluie en coloris haute visibilité, avec de larges zones rétro-réfléchissantes.
Et avant tout de vérifier que votre feu de croisement est bien allumé et réglé à la bonne hauteur, ainsi que votre feu de position arrière, trop souvent négligé.

Le principe de base de la conduite sur route mouillée consiste – paradoxalement – à rouler le plus souvent possible sur le sec. Or l’adhérence et la motricité résulte du contact de deux surfaces: le pneu et la route. Le but est de rechercher les points les plus secs et les plus chauds de ces deux surfaces.

Côté route

Il faut savoir « lire » la route.
Un principe simple : tout ce qui est « juste un peu glissant » par temps sec va devenir TRES glissant.

Il s’agit donc de trouver la partie la plus sèche de la chaussée. Par exemple, en roulant dans les traces des pneus des voitures nous précédant puisque ceux-ci ont évacué une partie de l’eau qui était sur la route.
Attention, ce n’est pas toujours vrai. Après une pluie, quand le bitume commence à sécher, il peut aussi arriver qu’à l’inverse, les pneus des autres véhicules transportent l’eau restante par endroits, alors que d’autres parties du bitume seront plus sèches.

Dans les ronds-points, on prend à l’intérieur, le plus loin possible du bord extérieur où se trouvent les fuites d’hydrocarbures et autres saletés glissantes.

Et bien sûr, on évite tout ce qui n’est pas du bitume : les marquages au sol, surfaces glissantes, pavés, bandes blanches, plaques d’égout, raccords de goudron, plaques en fonte de travaux, rails de voies ferrées, feuilles mortes, marrons écrasés, boue laissée par les véhicules agricoles, etc.

Méfiez-vous aussi de tous les endroits où l’eau s’accumule pour former des flaques.
La règle de base de la flaque est que vous ne voyez pas ce qui se cache en dessous… Si vous connaissez la route par coeur, vous pouvez vous amuser à soulever des gerbes d’eau pour asperger les piétons. Si ce n’est pas le cas, si vous avez le moindre doute, faites pas le con, évitez la flaque.

Si vous observez des irisations dans l’eau sur le sol, méfiance ! Cela ne veut pas dire que le bitume soit « gay friendly », mais qu’il y a des hydrocarbures en cours de dispersion, essence, gazole ou huile… donc risque accru de glissade ! Passez au large ou si vous n’avez pas le choix, passez avec la moto bien droite, sans freiner ni accélérer.

Du coup, vous allez beaucoup plus observer la route que par temps sec. Plus de temps et de vigilance sur le revêtement, cela veut dire moins de temps et de vigilance à surveiller le trafic et le comportement des véhicules autour de vous. Ce qui impose de… réduire votre vitesse par rapport à d’habitude, de 10 à 20 km/h de moins.

!! Méfiance dès les premières gouttes !!

Ce ne sont pas les grosses pluies qui sont les plus dangereuses, mais les petites averses ou crachins et la première demi-heure de pluie.
C’est là que remontent à la surface du bitume les hydrocarbures absorbés par la première couche de macadam. De moindre densité que l’eau, ils sont chassés de l’épaisseur du macadam et forment une pellicule extrêmement glissante, mélange de poussière, de gomme, d’hydrocarbures et d’eau.
Ainsi se forme le « verglas d’été » qui met par terre tant de motards qui reprennent la route aux premiers beaux jours.

Il faut compter environ une heure de bonne pluie pour que la route soit « lessivée » et devienne moins glissante.

Ralentissez dès que vous percevez que les pneus des voitures devant vous laissent une trace sur la route. Cela signifie qu’il y a assez d’eau sur la route pour qu’elle commence à risquer de devenir glissante pour vous.

Après la pluie, se méfier aussi des endroits abrités du soleil et du vent (protégés par des feuillages, un mur…), ils sèchent beaucoup moins vite.

Côté pneu

On essaie de rouler sur la partie la plus chaude du pneu : la bande de roulement. Seul le milieu du pneu, en contact permanent avec la chaussée, est véritablement chaud en surface. Même si vous avez beaucoup roulé et que l’air à l’intérieur du pneu est chaud, la gomme de surface sur les côtés reste en contact avec de l’eau froide.

Cela suppose donc de maintenir la moto la plus droite possible. En ligne droite, pas de souci (sauf s’il y a un fort vent latéral). Si on doit la pencher (un peu), y aller doucement, progressivement. Pour tourner, privilégiez une position de conduite en déhanché intérieur, où vous penchez le haut du corps vers l’intérieur et vers le bas. On va déporter le corps à l’intérieur du virage en pliant le coude intérieur, déhancher légèrement, sortir les épaules voire les fesses pour peser sur le repose-pied intérieur. En réduisant la vitesse, cela permet de tourner en conservant la moto quasi droite.

Il est vital d’avoir un pneu bien gonflé pour que les sillons évacuent l’eau au mieux.
Cela suppose que ces rainures existent, donc de ne pas rouler en pneus lisses… Un pneu usé à 50% entraîne une perte d’adhérence de 20% sur chaussée mouillée. Pire, une usure prononcée du pneu pourra entraîner un « aquaplaning », perte totale d’adhérence critique en cas de freinage appuyé.

Notes sur l’aquaplanage


    Le risque d’aquaplanage est extrêmement réduit pour les motos. Pour une raison mécanique simple : les pneus moto sont à la fois arrondis et bien plus étroits que les pneus auto. Le risque qu’un « mur d’eau » se forme devant le pneu avant d’une moto est quasi nul, sauf si ce pneu est à la fois lisse et mal gonflé.

Si vous avez la possibilité de changer de monte pneumatique avant la mauvaise saison, mettez des pneus routiers, voire « GT » : ils monteront plus vite en température et adhéreront mieux que des gommes dites « sport », tout en s’usant moins vite.
Gomme tendre ou dure, un pneu mettra toujours plus de temps à chauffer sous la pluie puisque le milieu environnant est froid. Pendant ce temps de chauffe, il reste froid et dur, donc glissant.

Roulez « à la cool »
Dans la même optique, il faut garder le pneu en mouvement et en motricité. Ne jamais rouler au point mort ni débrayer, mais enrouler sur le couple, sans aller chercher la puissance à haut régime. On passe les rapports en souplesse et à bas régime, en réaccélérant et en rendant les gaz doucement, pour éviter tout blocage de roue.

Pour freiner, privilégier le frein moteur et recourir plus largement que d’habitude au frein arrière afin d’éviter tout blocage de l’avant.
En cas de freinage puissant de l’avant sur du mouillé… l’ABS démontre ici tout son intérêt.

Usez et abusez du freinage dit « préventif » !
Une pression légère de quelques secondes sur le levier permet de sécher les disques et de ne pas avoir à freiner fort sur des surfaces glissantes.

Et pour éviter les freinages brisques imprévus… le mieux est de doubler, voire tripler, votre distance de sécurité avec le véhicule qui vous précède. Coller au cul de la bagnole devant vous par temps de pluie est juste le chemin le plus direct vers le suicide.

Comme toujours et encore plus que par temps sec, il faut tâcher de rouler détendu, relâché.
Toutes les 30 secondes, respirez profondément, prenez une grande inspiration et expirez lentement. Bougez vos épaules, roulez des mécaniques. Agitez vos coudes latéralement, faites la poule. Contractez et décontractez alternativement tous vos muscles.

L’idéal est de travailler tout cela sur votre trajet quotidien, en repérant les pièges, pour perfectionner le placement de la moto sur la route et du conducteur sur la moto.

Au final, ne croyez pas qu’il est impossible de mettre de l’angle sur le mouillé sans tomber…
Sur une route / piste bien propre, avec des pneus récents, pas usés et bien gonflés, en gardant une allure constante et des gaz linéaires, il est parfaitement possible d’incliner loin sans glissade.

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